Mon chat perçoit-il vraiment ma grossesse avant moi ?

Un animal qui partage depuis des années votre quotidien voit soudain sa place bouleversée par l’arrivée d’un bébé. Pour beaucoup, l’inquiétude se glisse en même temps que la joie : comment chien ou chat vivront-ils ce bouleversement ? Vous tenez à votre compagnon, pas question de vous en séparer. Bonne nouvelle, il existe des solutions concrètes pour organiser une vie de famille apaisée, sans sacrifier l’un pour l’autre.

Omm a interviewé la vétérinaire Valérie Dramard*, conseillère comportementale pour chats et chiens depuis 20 ans.

Les animaux sentent-ils l’arrivée du bébé ?

C’est indéniable. Dès les premières semaines de grossesse, votre animal décèle des signaux qui vous échappent totalement. Chien comme chat captent et interprètent les phéromones que le corps diffuse, bien avant les premiers mouvements du bébé. De leur point de vue, cette petite révolution ne surgit pas sans crier gare : elle est déjà en marche, ancrée dans leur perception des changements.

Comment préparer son animal à l’arrivée du bébé ?

Ici, un maître-mot : anticiper. Avant même la naissance, il faut instaurer des habitudes qui modifient en douceur les repères de votre boule de poils. Pour les chiens, l’objectif est de leur apprendre à gérer une attention moins constante. Petits exercices simples : demander d’attendre patiemment avant une caresse, structurer des temps calmes, féliciter une attitude apaisée. Ce n’est pas un retrait d’amour, c’est simplement préparer votre compagnon à ne plus être le centre exclusif des attentions, sans frustration inutile.

Pour le chat, la méthode change. Impossible de bousculer ses territoires du jour au lendemain. Mieux vaut intégrer la future chambre de l’enfant dans ses parcours avant la naissance et fixer peu à peu de nouvelles zones interdites, notamment la pièce du bébé, sécurité et hygiène obligent. Un félin prévenu gérera le bouleversement avec bien plus de sérénité qu’un chat écarté brutalement de ses repères.

Après l’accouchement, résister à la tentation d’écarter l’animal d’un bloc. Ce serait une erreur. Il a besoin, lui aussi, d’un espace confortable, d’une nouvelle place, à distance du tumulte ou du berceau, afin de garder son équilibre et ne pas sombrer dans la frustration ou la jalousie silencieuse.

Le contact entre nouveau-né et animal doit-il être immédiat ?

Démarrer avec retenue s’impose. Durant le premier mois, un nourrisson est bien trop fragile pour être mis en contact direct avec chien ou chat. Un animal, même doux, peut par maladresse griffer ou lécher, tandis que le risque de transmission de maladies demeure bien réel. Pendant cette période, il vaut mieux instaurer une certaine distance : l’animal observe, se familiarise avec les pleurs, l’odeur rapportée de la maternité ; il apprend que quelque chose a véritablement changé, sans intrusion précipitée. Ce sas de transition, où chacun prend ses marques, protège toute la famille.

Les parents jouent ici un rôle d’équilibre. Leur attitude transmet le message : un membre nouveau a rejoint la maison, on ajuste les repères, on veille. C’est une pédagogie naturelle, présente chez de nombreuses espèces. Avec le temps, chiens et chats perdent leur méfiance. La cohabitation évolue, les tensions s’estompent.

Comment évoluent les relations quand l’enfant grandit ?

Progressivement, une dynamique se tisse, parfois presque à l’insu des adultes. Un goûter égaré sur la moquette, une curiosité partagée, et peu à peu, une complicité naît. Pourtant, la surveillance parentale ne connaît pas de relâche : aucun animal, fût-il d’un calme olympien, n’a une patience illimitée. Il faut veiller à toutes les interactions, un accident se joue en une seconde si l’enfant tire, pince ou s’appuie maladroitement sur l’animal. En cas de gêne, un chien ou un chat peut réagir d’un coup de patte ou d’un grondement. Ce n’est pas une faute morale, c’est un réflexe, et il vaut mieux que ces situations ne dégénèrent jamais.

Le risque de morsure existe-t-il ?

Chez un chien bien socialisé, il reste quasi inexistant. Les incidents surviennent quand l’animal est déjà anxieux, hyperactif ou sujet à des troubles comportementaux. En cas de doute, il convient de consulter une personne compétente pour évaluer la situation avant l’arrivée du bébé, ajuster routines et repères, et éviter des décisions lourdes de conséquences en dernière minute.

Le fameux mythe du chat qui « étouffe » le bébé : faut-il s’en méfier ?

Accidents spectaculaires de ce type sont rarissimes, mais personne ne peut garantir une sécurité totale. Pour éviter toute prise de risque, on ferme la chambre de l’enfant, notamment pendant le sommeil. Un chat peut s’inviter dans le berceau, attiré par la chaleur, y dormir et gêner la respiration du nourrisson. La vigilance, rien d’autre, offre la meilleure garantie.

* Valérie Dramard conseille également la lecture de deux ouvrages sur le comportement animal, parus chez Ulm Editions : « Le comportement du chien de A à Z : comprendre et agir », et « Le comportement du chat de A à Z ».

Un animal n’est jamais simple spectateur au sein de la famille. Prendre le temps de préparer la rencontre, c’est donner à chacun, humain et poilu, la chance d’apprivoiser l’autre et d’inventer un nouvel équilibre. Un matin, le chat s’allongera sous le berceau ou le chien posera une balle devant l’enfant. À ce moment-là, plus question de hiérarchie, juste un duo en train de se construire.